Black Swan, Film, Darren Aronofsky, Natalie Portman

Zoom sur : Black Swan, œuvre terrifiante mais attrayante !

Aujourd’hui, on s’attaque à un film qui ne laisse pas indifférent, un film qui a marqué le début de cette décennie : Black Swan de Darren Aronofsky.

Darren Aronofsky, cinéaste autant détesté qu’adulé…

Darren Aronofsky est un réalisateur singulier, et qui dit réalisateur singulier, dit films singuliers. Avec Requiem for a Dream, Aronofsky signe un film coup de poing qui arrive encore aujourd’hui à marquer les esprits. Mais Darren Aronofsky divise aussi, et on pense forcément à des films comme The Fountain, ou plus récemment Mother!. Il divise car ses films sont si perturbants que certains crieront au génie, et d’autres trouveront ces films lamentables. Donnons notre avis subjectif tout de suite : on aime Aronofsky quand il ne se perd pas. En effet, avec Mother!, on se retrouve face à un film ingénieux certes, mais faussement provocateur. Pendant plus d’une heure, on s’ennuie ferme. Ne parlons même pas des acteurs, qui semblent tous endormis. Et puis la fin est pitoyable, avec des scènes sans liens, qui n’ont aucun sens. Alors attention, nous sommes loin de détester les films où l’on ne comprend pas grand chose, mais il y a une limite à tout.

Black Swan : ou comment mettre le monde à ses pieds ?

Mais en 2010, Darren Aronofsky sort le grand jeu, et décide (enfin) de mettre tout le monde d’accord, avec Black Swan. Black Swan ne déroge pas à la règle, c’est un film tordu, gênant et prenant. Mais c’est avant tout un film qui parle de l’obsession. Et on ressent l’obsession jusque dans la mise en scène, évidemment très soignée, parfois plutôt glacée.

La première chose qui nous marque avec Black Swan, c’est forcément son sujet. Darren Aronofsky traite ici de thèmes très variés, mais tous reliés entre eux. On a affaire à un scénario très complexe, et forcément à la fin, on ne peut pas vraiment être sûr de tout. Black Swan joue comme on l’a dit avec l’obsession de réussite, la volonté d’être au-dessus de tout. Mais Black Swan montre aussi les failles de l’obsession, à savoir l’aveuglement, qui se transformera peu à peu pour Nina, incarnée par Natalie Portman, comme une sorte de schizophrénie mortelle.

Black Swan est un grand film par sa conception totalement imprévisible. Sans parler de tous les rebondissements, Black Swan surprend par des scènes d’une puissance rare. Et tout commence lorsque le personnage de Nina rencontre celui de Lily (Mila Kunis). Nina est l’incarnation du « cygne blanc », ce qui représente la finesse, la tendresse mais aussi la crainte. A contrario, Lily représente à merveille l’idéal du « cygne noir ». On comprend vite que si Nina veut obtenir le grand rôle dans Le Lac des Cygnes, elle doit absolument tenter de s’accaparer la partie manquante de son personnage.

Et c’est à partir du moment où Nina doit sortir de sa zone de confort que le film devient vraiment extraordinaire. Avec une mère ultra-possessive, qui semble peut-être à un moment être la plus lucide, Nina rencontre l’obsession, la jalousie mais aussi les pulsions sexuelles comme en témoigne une scène forte de Black Swan, où Nina se masturbe dans sa chambre. Et puis justement, il y a cette idée de déraillement psychologique, Nina doit faire face à des scènes déroutantes, où le spectateur est mené en bateau, il doit savoir reconnaître l’instar de Nina, la réalité tragique et douloureuse.

C’est donc un film qui se concentre énormément sur la dualité du personnage de Nina. Dans un premier temps, on a affaire à cette idée des désirs refoulés, Nina incarne donc la bienséance. Et puis dans la deuxième partie du film, pour reprendre Freud, le dépassement du « ça » face au « surmoi ».

Black Swan, Natalie Portman, Cygne

Source & Crédits : Le Parisien

Pour revenir sur la splendeur de Black Swan, elle repose évidemment sur la performance extraordinaire de Natalie Portman. Auréolée de l’Oscar de la meilleure actrice, Natalie Portman signe son plus grand rôle. Elle incarne sans frémir le rôle de Nina, et arrive à jouer avec une dextérité insolente l’antinomie des deux principaux caractères.

Pour conclure, on peut aisément faire un parallèle entre le personnage de Jesse dans The Neon Demon, réalisé par Nicolas Winding Refn, et le personnage de Nina. On peut en fait presque faire le jeu des similitudes entre les deux films.

Ce qui frappe, c’est le fait que le personnage de Nina est finalement au départ le même que Jesse, enfin presque évidemment ! Si Jesse est une adolescente dans The Neon Demon, elle incarne aussi l’innocence, la crainte, cette idée de joyau pur, et pour reprendre une réplique dans The Neon Demon : « To walking to a room, and in the middle of winter, you’re the sun. » Et puis, il y a cette idée d’ascension vertigineuse. Si le personnage de Nina a plus de difficultés dans l’ascension, Jesse est confrontée à un autre style de difficulté, la jalousie. Mais dans ces deux films, les deux personnages vont se transformer en filles dangereuses (on peut encore citer une réplique de The Neon Demon : « I’m dangerous ») et surtout grâce à des personnages masculins. En effet, tout d’abord et ça fait un nouveau point commun, les personnages masculins sont éclipsés (on vous l’accorde, plus dans The Neon Demon que Black Swan), mais le personnage joué par Vincent Cassel va jouer sur la personnalité nouvelle de Nina. A contrario, dans The Neon Demon, c’est le personnage interprété par Alessandro Nivola qui va avoir un impact pervers sur Jesse, à savoir la prise de confiance. Pour illustrer ce dernier exemple, on peut citer la phrase clef de The Neon Demon, justement prononcée par ce personnage masculin devant Jesse : « Beauty isn’t everything, it’s the only thing ».

Enfin, les deux personnages connaissent une fin tragique. Si dans Black Swan la mort de Nina clôt le film, dans The Neon Demon, Jesse meurt bien avant le générique final. Mais si les circonstances ne sont pas les mêmes, il y a bien un autre rapport, celui du milieu, qui les ont aveuglées. Pour l’une, le monde de la danse, pour l’autre, la mode.

Mais attention, il ne s’agit pas de dire que The Neon Demon est une version mannequinat de Black Swan, puisqu’il y a de nombreuses différentes. Black Swan apporte une autre atmosphère, beaucoup plus psychologique que The Neon Demon, qui est un film basé essentiellement sur son esthétisme ad-nauseum.

Natalie Portman, Néon, Black Swan

Source & Crédits : Indiewire Natalie Portman dans Black Swan

Elle Fanning, Jesse, The Neon Demon, Néon, Rouge

Source & Crédits : Indiewire Elle Fanning dans The Neon Demon

Découvrez la bande-annonce de Black Swan ci-dessous :

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Rédacteur cinéma pour MugMoi ! J'aime beaucoup Isabelle Huppert, le cinéma esthétique, et surtout j'utilise toujours "nous" dans un article...

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