Cinéma esthétique, The Neon Demon

Le cinéma esthétique appartient aux génies

Le cinéma est un défilement d’images, de photographies, ou de tableaux. Le cinéma est un art pluraliste, où chaque réalisateur se concentre sur ce qu’il souhaite mettre en avant. Alfred Hitchcock cherchait à mettre en avant l’intrigue, le suspens, mais des réalisateurs comme Nicolas Winding Refn, Wong Kar-Wai ou Bertrand Bonello (pour n’en citer que trois), cherchent à créer des œuvres esthétiques.

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Wong Kar-Waï Source : Les Inrocks Copyright Renaud Monfourny

Pour éviter toute confusion, il est intéressant de remarquer que ce n’est pas le cinéma contemporain qui est le précurseur de ce qu’on appelle le cinéma « esthétique », car en effet il existe depuis sa création. Mais on pourrait dire plus simplement, que tout film est esthétique, qu’il s’agit seulement de la manière dont on définit un film esthétique ou non. C’est donc par le biais de critères, que nous pouvons dire si une œuvre est réellement esthétique. La beauté subjugue le spectateur, mais est-elle réellement subjective ? Autrement dit, n’existe-t-il pas des œuvres objectivement belles aux yeux de tous ? Il semble ici pertinent de parler des œuvres, qu’elles soient connues ou non, afin de pouvoir différencier les différents types d’esthétique, dire ce qu’est le cinéma esthétique. Lorsque quelqu’un pense à l’esthétique, il s’imagine des images, il se construit donc quelque chose d’immatériel (ou matériel), qui ne prend forme que dans son intérieur. Mais, et c’est sans doute pour cela que nous traitons de ce sujet, le cinéma esthétique ne se focalise pas seulement sur l’image. Ou plutôt, non seulement il se focalise sur l’image (par « il », nous voulons dire le cinéaste) mais un auteur cherche à accompagner l’image. Et c’est donc par-là que nous allons débuter, parler de l’esthétique sonore.

L’esthétique sonore accompagne l’image

Une œuvre cinématographique sans son n’est pas une œuvre. Ou du moins, c’est une œuvre purement expérimentale. Le son n’est pas synonyme de musique. Une musique c’est une chanson, c’est le nom couramment utilisé lorsqu’on écoute une « chanson » à la radio (nous disons « musique »). Ce qui fait le charme d’un film c’est sans doute son authenticité sonore. En d’autres termes, ce qui est original à une œuvre permet de lui donner une réelle vie. Pour expliciter ces phrases, ce qui fait le charme d’Apocalypse Now, c’est sans doute la fameuse scène accompagnée de la Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner qui est dans les têtes de tout le monde. On pourrait aussi citer l’ouverture de 2001 : L’odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick, avec Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss (titre évidemment inspiré de Nietzsche, dont Strauss dit : « J’avais l’intention de suggérer, par l’intermédiaire de la musique, l’idée du développement de l’espèce humaine à partir de son origine et à travers les diverses phases de son développement, religieux et scientifique. »), qui forcément marque tous les esprits. Alors il est évident que les deux premiers exemples ne sont pas des créations pour les films, mais c’est sans doute par le biais des œuvres cinématographiques, que les œuvres de Wagner et Strauss ont trouvé un second souffle. Mais donc pour rester dans la création pure, nous pourrions citer les bruits aigus dans Psychose, avec cette scène de la douche, qui là aussi est devenue culte, grâce à ses effets sonores.

Si le cliché qui veut que les films se font en salle de montage est faux, celui qui dit que « le film sera meilleur quand on aura ajouté la musique » est vrai. Presque tous les films sont améliorés par une bande sonore originale.

Sidney Lumet : « Faire un film »

Mais pour entrer complètement dans le sujet, parlons à présent des bandes sonores réellement esthétiques, qui accompagnent des images esthétiques. C’est-à-dire, parler d’œuvres qui usent de l’esthétique au paroxysme. En effet, comme nous les citions précédemment, deux cinéastes s’attachent aux bandes sonores pour accompagner leurs images. Et commençons donc par Wong Kar-Waï, cinéaste hongkongais à la renommée mondiale, méconnu souvent du grand public, mais adulé à Cannes. Évidemment quand nous pensons à ce cinéaste, nous pensons à son chef d’œuvre, In The Mood For Love. Le film marquera à jamais le cinéma, tant le lyrisme qui mêle mélancolie et romantisme touche le spectateur. Il n’y a qu’à penser aux plans avec les fumées de cigarettes, où la cigarette devient un objet de désir, avec un accompagnement musical parfait, un accompagnement de violons, mais aussi de musiques espagnoles, avec ce « Quizás, quizás, quizás » qui résonne dans toutes les têtes. Et puis les couleurs, des contrastes de rouge, de jaune, mêlés au noir, mêlés au bleu… Mais nous pouvons aussi citer 2046, film qui se construit entre visions futuristes et ce même lyrisme romantique, mais qui reprend la même esthétique, en ajoutant les néons des villes, à la manière de Blade Runner de Ridley Scott. Avec là aussi, des accompagnements d’opéra.

Passons maintenant au cinéma contemporain (artistique), et citons donc un maître qui construit ses films avec un alliage parfait entre effets sonores et images à la beauté transcendante. Si le grand public connaît son œuvre phare, c’est-à-dire Drive, le film qui impose le plus cette beauté justement ad-nauseam (donc jusqu’à l’écœurement) c’est The Neon Demon. The Neon Demon est un bijou dans le sens propre. On le regarde dans ses moindres détails, c’est un objet délicat et précieux, qui ne plaît pas à tous, mais qui est tranchant, on l’aime ou ne l’aime pas. Et si justement on en arrive à un choix d’appréciation à deux options, c’est pour son esthétique poussée à l’extrême. Pour les détails, Nicolas Winding Refn signe son œuvre avec les initiales NWR, comme Yves Saint Laurent l’a fait avec ses créations. Que ce soit dans les couleurs, que ce soit dans les formes, rien n’est laissé au hasard. Mais ce qui donne du fond à l’œuvre, ce qui donne de la profondeur, de l’intensité, du rythme, du mouvement, ce sont les bandes sonores. Signées Cliff Martinez, à qui l’on doit les B.O de Drive, Only God Forgives, ou encore l’excellente série de Steven Soderbergh, The Knick, sans oublier Spring Breakers d’Harmony Korine. Ce qui rend ces B.O si esthétisantes, c’est sans doute l’utilisation assumée mais réussie de l’électronique. En effet, dans The Neon Demon, les bandes sonores illustrent les images, elles n’accompagnent pas, elles sont aussi importantes que l’image. Que ce soit des bruits de talons, jusqu’à des choix plus métaphoriques, le spectateur est obnubilé par la force sonore que le film impose. L’esthétique sonore est donc si on veut bien le croire, aussi importante que l’image.

L’esthétique visuelle

Mais qu’en est-il maintenant de l’image, du visuel, ce que le spectateur s’il n’est pas aveugle, peut décrire, peut montrer. Il y a souvent cette fausse idée de penser qu’un réalisateur fait une œuvre esthétique pour se détacher du scénario, du jeu d’acteurs, ou bien même des dialogues.

S’il est vrai que des films comme Spring Breakers, The Neon Demon ou 2046, ne surprennent pas par leur scénario (chez Wong Kar-Waï, on est souvent envahis par l’amour, qu’il soit platonique dans In The Mood for Love, ou désiré dans 2046), il ne faut pas en faire une règle, car un film comme Suspiria de Dario Argento, étant à la fois un bijou d’inventivité esthétique, mais aussi d’un point de vue purement scénaristique. On pense aussi à It Follows de Robert David Mitchell, qui propose un film esthétiquement froid (avec un final à la piscine exceptionnel), avec une histoire mystérieuse et intrigante.

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Suspiria

On pense aussi à Sicario de Denis Villeneuve ou No Country For Old Men des frères Coen, où l’on est plongé dans les déserts arides du Mexique et du Texas, mais ces deux films proposent un récit marquant et des dialogues justes et puissants. Et terminons notre liste, avec Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, film démentiel, qui va bien plus loin que ses grands plans contemplatifs (et là aussi le final est impressionnant esthétiquement parlant… dans la même veine que Sicario).

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Sicario

Mais là évidemment, nous ne sommes pas dans l’esthétique poussée à son paroxysme, ou pour le dire différemment, quand l’esthétique visuelle devient reine de l’œuvre. Et là évidemment on peut citer des œuvres comme Lost Highway de David Lynch, qui malgré un scénario hors-norme (on ne le comprend toujours pas), la vraie force du film réside dans les scènes les plus étranges, les plus travaillées.

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Source & Credits : Les Inrocks Copyright Ciby Distribution 1997

Mais il y a aussi des films comme 2001 : l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, monument cinématographique, le film est une leçon de cinéma, avec des images exceptionnelles, mais surtout qui n’ont pas spécialement vieilli avec le temps, et qui datent de 1968 ! En 2011, outre la claque Drive, récompensée justement d’un prix de la mise en scène, il ne faudrait pas oublier la palme d’Or attribuée à Terrence Malick pour The Tree Of Life. Malgré la longueur et la lenteur du film, il y a une certaine virtuosité qui habite l’œuvre, avec par exemple la scène des chauves-souris dans le ciel, mais aussi les divers effets spéciaux utilisés (le dinosaure sur la plage, dans la forêt…). Nous pourrions aussi citer les films de Wes Anderson et Pedro Almodovar, qui usent tous les deux des multiples palettes de couleurs, notamment en jouant sur les nuances de jaune et de rouge pour Almodovar, tandis que Wes Anderson semble changer d’esthétique à chaque film, comme les divers tons de rose dans The Grand Budapest Hotel, ou le vert et jaune dans Moonrise Kingdom. Bref ce n’est pas en quelques pages que nous pourrions résumer le cinéma esthétique, car d’une certaine manière tous les films sont esthétiques. Mais il est intéressant de comprendre que certaines œuvres peuvent paraître creuses, vides ou inachevées, en délaissant justement une histoire profonde et complexe. Cependant, parfois les images sont plus concrètes que les longs discours.

Cinéma esthétique, Moonrise Kingdom

Source & Credits : The Playlist

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Rédacteur cinéma pour MugMoi ! J'aime beaucoup Isabelle Huppert, le cinéma esthétique, et surtout j'utilise toujours "nous" dans un article...

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