Suspiria

Critique de « Suspiria » de Luca Guidagnino

Suspiria est le remake du film d’horreur de Dario Argento, sorti en 1977. Totalement déstabilisant et chargé d’une atmosphère anxiogène rare, il s’est mis à dos bon nombre de critiques qui l’ont qualifié d’absurde et de gratuitement sanglant. Pour ma part, Suspiria est le reflet d’une énigme complexe et sinueuse, effrayant et imperceptiblement lisible à l’instar de grands classiques comme Rosemary’s Baby, Shinning ou plus récemment The VVitch ou Hérédité… Je l’ai vu individuellement de l’orignal, mon avis ne part donc pas d’un point de comparaison. ATTENTION : film interdit aux moins de 16 ans !

La Première Mère : Mater Suspiromum

Suspiria

Sources & Credits : allociné.fr

Ma note : 8 / 10

Allez-y si vous aimez : les films atypiques, les films qu’il faut voir plusieurs fois pour tout saisir, les films de danse.

A éviter si vous n’aimez pas : les films d’auteur, les longs films, la sorcellerie.

Avec Dakota Johnson (Sale temps à l’hôtel El Royale), Tilda Swinton (Okja), Mia Goth (Le secret des Marrowbone), Chloë Grace Moretz (Come As You Are),…

L’histoire se déroule dans une compagnie de danse dans un Berlin des années 70. Une jeune américaine souhaite l’intégrer et passe le concours avec succès. Elle va y découvrir une élite d’artistes féministes, solidaires et affamées de l’enseignement si spécial de Madame Blanc. Non loin d’ici, un psychologue reçoit une ancienne membre qui s’est échappée de la compagnie ; apparemment folle et traumatisée par un mal qui la ronge de l’intérieur…

 

La signature propre au film : le malaise qui en découle

Rares sont les films qui m’ont mis mal à l’aise comme l’a pu faire Suspiria avec son atmosphère anxiogène à souhait. Ici, Luca Guidagnino est créateur de cauchemars, de monstres et de malédictions et son film a tout pour intriguer. Il m’est même très difficile de mettre des mots sur mon impression tellement l’œuvre est hors-normes.

Bien qu’il reprenne une mythologie créée par Dario Argento autour de trois Mères maléfiques, trois sorcières qui veulent faire régner le chaos sur la Terre, le geste artistique du réalisateur est radical. En effet, il réadapte le cadre spatio-temporel, en déplaçant l’action en 1977 dans une capitale allemande encore cicatrisée par son Mur, marquée par le terrorisme de la bande à Baader. Le local de cette compagnie de danse devient alors un refuge froid, dominé par un groupes de femmes austères et silencieuses, mettant les cours de danse de Madame Blanc sur un véritable piédestal. Tout tourne autour du pouvoir qu’elle transmet à ses jeunes danseuses, à cette danse qui doit être accomplie à la perfection le jour de sa représentation en public.

Suspiria

Sources & Credits : allociné.fr

Bien que le thème de la sorcellerie devienne vite évident, le scénario n’a de cesse de nous questionner tout en nous mettant dans une position de profond malaise. C’est typiquement le genre de film qui mérite plusieurs visionnages pour recoller les morceaux entre eux car les intrigues se multiplient sans se résoudre (pour ceux qui l’ont vu et qui veulent des réponses à leurs questions, rendez-vous ici ! Attention, gros spoilers !). C’est une mosaïque obsédante, un labyrinthe d’images et de nuances qui n’a rien de limpide et d’agréable. Seules les scènes de danse apportent du souffle, et encore, les mouvements sont très terriens et parfois étouffants. Elles en deviennent captivantes par leur longueur et revêtent des vrais allures de rituels sataniques, notamment avec la musique très pesante de Thom Yorke qui fait de ce huis-clos un cauchemar sans fin ! C’est vrai que le final, trop sanglant et démonstratif, saccage gratuitement les subtilités qui ont précédé mais son esthétique presque expérimentale achève ce mythe en nous déroutant encore plus.

Jamais les sorcières n’ont été aussi effrayantes !

On a pas affaire à un film d’horreur classique qui va se contenter de nous faire sursauter mais plutôt à une ambiance macabre et dérangeante, loin de toute forme connue. Parfois, on est si écœuré qu’on détourne le regard de l’écran, c’est dire l’extrémisme inattendu dont fait preuve Suspiria. La folie, qui aurait pu être risible, se veut glaçante et se répand même dans les mouvements de caméra incontrôlables et dans une esthétique poussive, connotée et gore. Côté actrice, on est une nouvelle fois épaté par Tilda Swinton qui se fond dans trois rôles méconnaissables et totalement hypnotisé par la dévotion pure de Dakota Johnson à la vertu du mouvement dansé. C’est une œuvre déconcertante qui pousse tous ses composants à emprunter une voie atypique, viscérale, cauchemardesque. Du cinéma rare, dense, traumatique et inspirant ! Certains le trouveront ridicule, d’autres enivrant. La division n’est-elle pas signe de chef-d’œuvre ?

Si « Suspiria » remportait un prix…

Je pense que l’œuvre est trop floue et incomprise pour en arriver là mais il faut avouer que l’acte de création de ce film est admirable, autant dans la mise en scène que pour le jeu des actrices !

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2 Comments

  1. Hugo Remy Reply

    Bien trop long, trop prétentieux, le chef d’œuvre d’Argento est véritablement bafoué, dans le sens que toute la force esthétique et visuelle
    de 1977 disparaît au profit ici, d’un film effroyablement creux et plastiquement basique. Les choix certes osés semblent très prétentieux, sont tocs, comme en témoigne la scène finale orchestrée par les explosions de sang, et couvert d’une affreuse pellicule rouge.
    Film qui divise forcément… Un film assumé certes, mais presque vain et inutile. Que c’est long parfois, et que c’est incompréhensible.

  2. Florentmug Post author Reply

    Pourtant, ça me parait bien plus fluide et cohérent que « The House that Jack Built »… Comme quoi, les goûts et les couleurs…

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