Ma vie avec John F. Donovan

Critique de « Ma vie avec John F. Donovan » réalisé par Xavier Dolan

Septième film de l’idole de la nouvelle génération, Ma vie avec John F. Donavan est sans doute son œuvre la plus personnelle et recherchée. Il en a fallu du temps et des tergiversions à Xavier Dolan pour finaliser son œuvre. Il suscite polémiques et déceptions auprès de ses fans qui attendaient avec impatience ce nouveau film. Mais qu’en est-il vraiment ?

Ma déception avec X. Dolan

Sources& Credits : allociné.fr

Ma note : 5 / 10

Allez-y si vous aimez : les œuvres de Dolan (même si bon… lisez la critique !), les amitiés improbables, les relations mère-fils.

A éviter si vous n’aimez pas : les scénarios raccourcis, les secrets honteux, la face cachée des stars.

Avec Kit Harington (« Game of Thrones« ), Jacob Tremblay (The Predator), Natalie Portman (Annihilation), Susan Sarandon (Bad Moms 2),…

 

Dix ans après le décès d’une star de série américaine, un jeune homme décide de publier ses échanges épistolaires entretenus avec l’acteur. Il revient sur son passé, sa relation conflictuelle avec sa mère, ses souvenirs d’école ainsi que sur la face intime de John F. Donovan, ignorée de tous à l’époque.

 

Projet de longue date

Je mentirai si je disais que Ma vie avec John F. Donovan n’était pas ma plus grosse attente cinématographique de cette année. Très sensible et réceptif à ses thèmes et à sa manière bien à lui de raconter des histoires, par le biais de musiques pops et d’images pimpantes, je mettais beaucoup d’espoir sur sa première réalisation en anglais, dont j’ai suivi les mésaventures depuis le démarrage du tournage.

Espéré au dernier festival de Cannes, contraint de couper tout un personnage de son histoire qui s’avérait trop longue, forçant à restructurer toute sa narration, Ma vie avec John F. Donovan a failli ne jamais voir le jour, à l’image d’un film maudit. Quel suspense et quelle excitation, donc, de pouvoir enfin retrouver ce réalisateur qui aboutit ici un travail laborieux et on ne peut plus personnel et référencé à sa propre vie. Lui qui, enfant, avait écrit une lettre à Leonardo DiCaprio, et n’avait jamais eu de réponse, nous transporte dans une histoire similaire où un enfant échange pendant des années des lettres à une star de série américaine.

Ma vie avec John F. Donovan

Sources & Credits : allociné.fr

Un film loin de ce qu’il nous avait habitué jusque là

Bien que similaire aux précédentes œuvres de Xavier Dolan en plusieurs points, Ma vie avec John F. Donovan détonne par son panel de célébrités, son récit éclaté et ses émotions survolées. On y retrouve tout de même la patte de réalisateur, sa fougue et son perfectionnisme. C’est sans doute son film qui a le plus d’amplitude, qui s’étend sur une panoplie de personnages dispatchés dans différents espace-temps.

On ne sait pas trop par où prendre cette œuvre et on est quelque peu dérouté par les nombreuses pistes amorcées. L’intrigue prend forme progressivement, à l’image d’un château de cartes, impressionnant et laborieux, mais en même temps fragile. On s’attache aux ingrédients fidèles du cinéaste comme ses choix de musiques, ses thèmes de prédilection, ses personnages peaufinés de la tête aux pieds, ses lumières chaudes et maitrisées, ses gros plans voyeurs des plus infimes émotions,…

Une fois ces éléments imbriqués, la machine infernale ne semble jamais atteindre son point culminant, n’aboutissant jamais dans les virages émotionnels pourtant si emblématiques du cinéma de Dolan. Il faut croire que ce qui faisait son charme auparavant sent ici le réchauffé.

Trop lisse pour être Dolan ?

Donc oui, en tant que « fan », je suis vraiment déçu. Il y a une ampleur de moyens, de stars au détriment d’une ampleur des émotions et c’est cet élément qui pêche dans Ma vie avec John F. Donovan. Pourtant, il y a des beaux moments, notamment avec le tout jeune acteur Jacob Tremblay qui offre les meilleures scènes du long-métrage. Cet enfant qui crie d’excitation devant la télé rappelle avec nostalgie le gosse qui gît en nous.

J’en attendais plus de façon générale mais surtout du point de vue des acteurs qui jouent dans la limite du raisonnable. Où sont donc passées l’électricité, la complexité, dans les personnages de Dolan ? Kit Harington m’a paru si lisse, Natalie Portman si effacée et Susan Sarandon si larmoyante que j’avais l’impression qu’ils se contentaient de faire du « Dolan » sans mener leur personnage au bout ! Comme une sorte de cliché. Je trouve ça tellement dommage que toute cette ribambelle de stars passe inaperçue dans des seconds-rôles réflexifs et anecdotiques… Ils ont tous leur moment de lyrisme, d’introspection, mais confondu dans cette forme trop vaste et chaotique pour qu’on en saisisse l’essence.

Ma vie avec John F. Donovan

Sources & Credits : allociné.fr

Dolan, où es-tu ?

Pour ce qui est de la mise en scène, elle révèle aussi son lot de (mauvaises) surprises, notamment avec un montage saccadé, fatiguant et obnubilé par les gros plans. On se perd tellement dans des effets sans queue ni tête qu’on se demande comment ce cher réalisateur, qui monte lui-même ses films, a pu en arriver là… La fluidité est biaisée, le talent est bazardé, ne reste alors plus qu’une forme grossière aux sentiments difficile à éprouver.

Cette histoire de deux destins parallèles, de relations mères-fils douloureuses, de gossip, de célébrité éprouvante, de la force des médias, de modèle et d’enfant ne m’est en fait pas parvenue. Néanmoins, le film pose la question de la conformité et du besoin de se ranger dans un moule, quitte à s’éloigner de ceux qui nous sont chers ainsi que de notre identité. C’est peut-être ça que Dolan a voulu faire, nous surprendre, se surprendre, quitte à en laisser pas mal sur leur faim et leurs attentes.

Je pense que cela n’enlève en rien à son génie. Mais la déception est là, car ce destin tragique et cette relation épistolaire, je n’ai fait que les effleurer, les deviner. Malheureusement, pour moi, c’est un beau plantage, mais un plantage qui m’a l’air assumé et reconnu par beaucoup de spectateurs… J’espère que le Phoenix saura renaitre de ses cendres avec son huitième film, Matt & Max, prévu pour l’année prochaine.

Si Ma vie avec John F. Donovan remportait un prix…

Meilleur film de Xavier Dolan en anglais !

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