Searching

Critique de « Searching – Portée disparue » de Anneesh Chaganty

Searching – Portée disparue a pour particularité première de concentrer toute son action via des écrans d’ordinateurs, sauvegarde moderne de notre vie quotidienne. Présenté cette année au Festival de Sundance, il a même été récompensé par deux prix dont celui décerné par le public. Unfriended, sur un ton plus macabre, avait déjà tenté l’expérience en 2014 mais là, Aneesh Chaganty, dont c’est le premier long-métrage, monte un puzzle technologique innovant et malin. Cette forme surprenante, qui préserve notre ignorance jusqu’au bout, prend le dessus sur une intrigue qui aurait pu être prévisible sous un point de vue plus classique.

Nos vies derrière les écrans

Searching

Sources & Credits : allociné

Ma note : 7 / 10.

Allez-y si vous aimez : les formes expérimentales, les enquêtes policières, les réseaux sociaux.

A éviter si vous n’aimez pas : les écrans de portable, les écrans d’ordi, les écrans de télé.

Avec John Cho (Star Trek : Sans limites), Debra Messing (« Will & Grace »), Michelle La, Joseph Lee

C’est vrai que l’histoire d’une adolescente qui disparait sans laisser de traces derrière elle n’a rien de nouveau. Mais la méthode de procédure de l’enquête s’avère originale ; n’ayant aucune preuve à disposition, le père de famille décide de faire ses propres recherches via l’ordinateur de sa fille, là où personne n’a encore regardé… Entre secrets et mensonges, l’identité de l’adolescente n’est pas forcément celle qu’on imaginait.

Un suspense bien pesé

Rangé dans le genre thriller, Searching adopte un style de narration atypique et enivrant car jamais on ne quitte ces écrans aux travers desquels tout se déroule. Les preuves et les indices s’enchainent, tout comme les fausses pistes. Notre imaginaire se laisse emporter par des multiples possibilités ayant entrainé la fugue de l’ado en question, mais les plus évidentes s’avèrent bien entendu vaines. Les webcams permettent d’avoir un regard sur l’utilisateur de l’ordinateur, et le bruit des touches que l’on presse vient bercer notre ouïe, nous faisant perdre de vue la révélation finale qui s’avère évidente mais extrêmement bien dissimulée sous cette couche de fenêtres, de vidéos et d’appels WhatsApp en tout genre. J’ai fortement apprécié les différentes sortes d’écran mis en scène : du vieux Windows d’il y a 10 ans au Mac en passant par une interface de webcams.

Searching

Sources & Credits : freakinggeek.com

Les limites de cette forme alambiquée…

Néanmoins, le fait que tous les souvenirs de son enfance et de sa jeunesse soient parfaitement répertoriés dans ses appareils peut parfois faire perdre en crédibilité. C’est par moment trop gros pour qu’on y croit vraiment, notamment dans les détails de l’enquête. En effet, jamais un proche n’enquêterait seul sur une pièce à conviction aussi précieuse qu’un ordinateur appartenant à la disparue… La police s’en chargerait directement.
Mais hormis ces quelques gros traits, le montage de Searching s’avère très convaincant et hypnotisant. La scène d’ouverture retraçant toute la jeunesse de la famille (à l’image de Là-haut chez Pixar) ainsi que le dénouement marqué par un beau retournement de situation, sont les temps forts de cette fiction par écrans interférés. Le déroulement de l’enquête, bien qu’original dans sa forme, s’étend sur des fausses pistes et crée donc des longueurs.

Un montage efficace au détriment d’un jeu limité

Côté acteur, on regrette un manque d’émotions auprès de John Cho, dont la performance se contente du strict minimum (ou peut-être est-ce le doublage qui manque de nuances ?). Debra Messing, davantage connue pour des rôles comiques, s’attèle à un personnage complexe et subtil. Elle étonne, avec émotion, dans ce rôle d’inspectrice. En général, la forme a peut-être tendance à confiner et étouffer les protagonistes dans un jeu de « surface » car les dialogues ne se font jamais face-à-face. Mais l’équilibre avec les plates-formes technologiques se fait efficacement.

Sources & Credits : Horror-scaryweb.com

Mais comment ce film, si empreint de nouvelles technologies, vieillira-t-il ? Dans 10, 20 ans, son suspense et son final resteront-ils intacts ? Ou bien contemplera-t-on Searching comme une archive, une curiosité technologique témoin d’une génération ? Seul le temps nous le dira mais j’ai comme l’impression qu’il va prendre de sacrées rides…

Si Searching remportait un prix…

Probablement la forme cinématographique la plus improbable de cette année, Searching mérite amplement son prix Alfred P. Sloan Feature Film au Festival de Sundance, récompensant l’œuvre mettant l’accent sur la science ou la technologie.

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Entre les films d'horreur et les films d'auteur, mon coeur balance...

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